Mercredi 25 juillet 2007
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SERGE
GAINSBOURG,
OU POURQUOI IL EST EVIDENT QUE BENJAMIN BIOLAY N'EST QU'UN PATHETIQUE
CONNARD...
2 mars 1991, une fin de semaine comme beaucoup d'autres, si ce n'est que sonne le glas pour un certain Monsieur Lucien Ginsburg, presque 63
ans, plus connu sous le "pseudonyme" de Serge Gainsbourg...
Avec la mort vient la légende. Ou plutôt s'affirme, s'installe, à jamais. La France, pourtant si souvent choquée par les aléas de sa carrière,
rend un hômmage vibrant à l'artiste. Le billet de 500 balles brûlé, la Marseillaise revisitée, Je T'Aime, Moi Non Plus interdit par le
Vatican, La Décadanse, les accrochages avec Catherine Ringer ou Whitney Houston,
les décrochages d'antenne, les gueules de bois, les prises de gueules et les Gitanes sans filtre, la pays entier a connu tout ça pendant trois décennies, en s'insurgeant souvent et même quelquefois
en repoussant carrément le personnage. Mais pourtant la nouvelle de sa disparition apporte une sorte d'amnistie générale.
Hypocrisie face à la mort ? ou réelle reconnaissance des talents (nombreux) de l' homme
Gainsbourg ? la confusion continue de régner dans les esprits, comme de toute façon cela fut toujours le cas depuis ses débuts à la fin des années cinquante.

LUCIEN GINSBURG,
OU LE SENS DE L'ESTHETIQUE AVANT LE SENS DE LA PROVOCATION...

Mais pourtant Lucien Ginsburg ne fut pas dès ses premières années l'insoumis provocant que la mémoire
collective a tendance à retenir aujoiurd'hui. Si la guerre, les privations, l'Etoile Jaune, et plus tard le service militaire et une situation financière souvent plus que précaire, lui laisseront à
jamais le goût amer de la bêtise humaine, la formidable érudition artistique de son pianiste de père lui donnera le goût de la recherche de soi-même par les Arts.
Contrairement à une idée très répandue, c'est d'abord par l'intermédiaire de la peinture que le jeune Lucien, à l'époque étudiant en architecture, va se chercher une identité. Mais la
réussite, ou du moins la reconnaissance, ne viennent pas... Et malgré l'indubitable talent qui est le sien et les encouragements de ses proches et de ses professeurs, en artiste perfectionniste et
cynique qu'il est déjà, il va finalement en venir à brûler toutes ses toiles. Ne subsisteront qu'une petite poignée d'oeuvres, aujourd'hui considérées comme de vraies

La peinture ne lui ayant apporté que déceptions et frustrations, Lucien se tourne alors -logiquement ? - vers la musique. Influence parentale ? ou repli
C'est alors une longue époque d'apprentissage. Et après des cours de guitare auprès d'un maître gitan, il vient au piano, instrument dit plus "noble", dont il apprend incroyablement
vite les rudiments... Et malgré le virulent désaccord de son père puriste qui n'y voit que de la facilité et qu'un abaissement de ses ambitions, il se lance bientôt lui-même dans une carrière de
pianiste de bar.
Lucien découvre alors le monde interlope du Paris nocturne, il fréquente les prostituées et les jazzmen, et peaufine sa culture musicale et sa connaissance des perditions urbaines
(sexe, alcools, tabac...), tout autant qu'il développe une misogynie toujours grandissante...
Dès lors il devient un véritable oiseau de nuit...
Très vite il compose ses premières chansons, sombres et empreintes d'une cruauté misanthrope presqu'inédite à l'époque. Chansons qu'il interprète au hasard des cabarets et des bars de
nuit de la Rive Gauche. Musicalement, c'est avant tout le jazz qui est sa principale inspiration, qu'il a l'intelligence d'enrichir grâce à des influences diverses (comme il le fera d'ailleurs
toute sa vie), allant du cha-cha-cha à la musique classique...
Mais à cette époque, son plus grand talent réside avant tout dans ses textes. Son ton est désabusé et acerbe, c'est celui d'un dandy dont les critiques sociales, bien que souvent
violentes, sonnent néammoins toujours juste. Car si c'est dans le vitriol qu'il trempe sa plume, il n'en est pas moins d'une sensibilité à fleur de peau, et ses portraits musicaux y gagnent en
vérité. "La Femme Des Uns Sous Le Corps Des Autres", "Ce Mortel Ennui", "Ronsard 58", le "Charleston Des Déménageurs De Piano"... Sa première moisson de textes est partagée entre un évident plaisir
à jouer avec les mots (et les maux...) et un humour noir des plus désinvoltes...
réussites esthétiques. vers un art que d'ailleurs
il considèrera toujours comme (soi-disant) "mineur" ?
Son cynisme et son sens de la provocation (bien qu'encore balbutiant), alliés à une perpétuelle recherche esthétique, font mouche, car ils apportent quelque chose de radicalement
nouveau. C'est encore l'époque des intellectuels de St-Germain et des grandes figures de la chanson, comme Juliette Gréco ou Yves Montand... Ce dernier le
remarque un soir dans un club de Montparnasse. Puis c'est la déterminante rencontre avec Boris Vian. Tout va alors aller très vite. L'enregistrement d'un premier disque est organisé, et Lucien
Ginsburg devient alors Serge Gainsbourg (pour soi-disant éviter les consonnances juives...). 

Au final, c'est la publication en 1958 du (désormais classique) "Poinçonneur Des Lilas". Avec le bon acceuil fait à ce premier essai, Gainsbourg accède enfin (il a quand même déjà trente ans...) à une certaine notoriété (bien que pour l'instant encore modeste) dont il n'osait
plus rêver. Il obtient même l'appui d'une certaine frange intellectuelle du Paris de cette fin des années cinquante, en particulier gràce à Boris Vian (qui hélas n'est plus qu'à quelques semaines
de sa mort précoce...). Le prix Charles-Gros vient ensuite récompenser son premier 33-tours, Du Chant A La Une.
Ainsi la carrière de Serge Gainsbourg, telle que l'Histoire la retiendra, est-elle lancée...

SERGE GAINSBOURG,
OU COMMENT DEVENIR QUELQU'UN EN APPRIVOISANT LES FLUX ET REFLUX DES NOUVELLES VAGUES...
Très vite Gainsbourg devient un auteur-compositeur demandé, composant selon
les propositions. Ses chansons sont interprétées par des artistes déjà confirmés comme les Frères Jacques, Régine, Serge Reggiani ou Juliette Gréco... Quant à ses disques solo, ils se suivent mais ne se
ressemblent pas... Après l' influence des intellectuels de la Rive Gauche, Gainsbourg l'éternel insatisfait va tenter au fil des années les expériences les plus inattendues, passant sans gêne d'un
style à l'autre. Et les réussites s'additionnent... "L'Eau A La Bouche" (1960), "La Chanson De Prévert" (1961), "La Javanaise" (1962)... Les 45-tours sont autant de succès (et de
futurs classiques...).

En 1963, il enregistre son cinquième album, Confidentiel, disque mélancolique aux thêmes désenchantés, dont le jazz dépouillé à l'extrême marque une véritable rupture avec ses oeuvres passées. Il y brille alors une certaine
volonté de donner désormais dans l'avant-garde, autant textuelle que musicale : "Elaeudanla Téitéia", "Maxim's", "La Saison Des Pluies", ou la superbe "Sait-On Jamais Où Va Une Femme Quand Elle
Vous Quitte ?"... Et si les ventes restent largement inférieures à celles des chansons qu'il "donne", l'accueil de la critique comme du public est en tout cas excellent (du moins à l'échelle
purement nationale).

L'année suivante, Serge poursuit ses expériences avec Gainsbourg
Percussions, qui comme son nom l'indique, est fortement marqué par l'emploi des percussions les plus variées. C'est cette fois un jazz d'influence
afro-cubaine qui soutient les textes, d'ailleurs plus légers dans l'ensemble que leurs prédécésseurs. "Ces Petits Riens", "Couleur Café", "New York USA", de nouveau certaines des chansons de
ce nouvel opus deviennent de véritables références...
Après des années passées dans l'ombre et l'anonymat, c'est désormais au grand public que Gainsbourg s'adresse. De sa propre voix ou par
l'intermédiaire de celle des autres. Car beaucoup des succès de ces premières années sont ceux qu'il "offre" à ses collègues. Juliette Gréco en particulier va multiplier ses gains d'auteur-compositeur avec sa
superbe reprise en 1963 de "La Javanaise". Et c'est de cette même façon que la notoriété du "généreux" Gainsbourg va devenir internationale, à l'occasion de la victoire de la jeune nymphette France Gall à l'Eurovision 1965,
grâce à une composition plus qu'ironique ("Poupée De Cire, Poupée De Son"). Le succès des "Sucettes", petite perle d'ironie salace, confirme son talent à jongler avec les doubles sens (et confirme
en passant la naiveté sans bornes de France Gall...).
Mais si Gainsbourg s'en remet autant au talent des autres, il faut dire que c'est aussi à cause du mauvais accueil qu'on lui fait lors de ses
performances en public. Ainsi, début 65, décide-t-il d'abandonner définitivement la scène après une série de bides en première partie de Barbara. Mais si le public le rejette lui, ce n'est en rien
le cas pour les artistes qui interprètent ses chansons... Et les gains sur ses droits d'auteur sont en conséquence...
Ainsi la vie au quotidien devient-elle bien sûr plus confortable... Et même si son nom n'est pas encore inscrit en lettres d'or au panthéon des
auteurs-compositeurs-interprètes français, Gainsbourg est quand même devenu, en quelques années seulement, un artiste respecté... certes déjà créateur de polémiques, mais encore relativement
discret dans les pages des journaux à scandales. Mais bientôt les choses vont s'accélerer, et donner à son destin une toute autre tournure...

SERGE GAINSBOURG, OU LA PERPETUELLE RECONSTRUCTION...
1965 voit le déferlement dans le monde entier de la vague pop, véritable
raz-de-marée socio-culturel mené par les Anglo-Saxons (parmi lesquels les Beatles, les Rolling Stones, les Kinks...). Serge Gainsbourg y voit alors l'occasion rêvée de s'imposer à un plus large
public en tant qu'interprète, en adaptant aux subtilités de la langue française les sonorités de la pop-music.

C'est
donc en toute logique qu'au début de l'année 1966 il décide de s'installer un temps à Londres pour y enregistrer une nouvelle série de chansons. Bien sûr, le ton est cette fois très rock,
quelquefois même à la limite du psychédélisme ("Qui Est In, Qui Est Out", "Docteur Jekyll Et Mister Hyde", "Ford Mustang", "Comic Strip"...). Le travail sur les sonorités de la langue s'accompagne
alors d'insertions d'expressions anglaises, pour créer une sorte de décalage ironique. Plus que jamais, Gainsbourg joue avec les sonorités, les mots... et les sentiments. Et les critiques, à
l'image du public, sont unanimes : Serge Gainsbourg n'est désormais plus très loin de ce qu'on appelle un génie...

En 1967, Serge rencontre celle qui personnifie pour des millions de gens la "femme idéale" : Brigitte Bardot. Pour elle, il va composer une poignée de chansons que l'Histoire retiendra
comme de parfaites réussites, dont les fameuses "Bonnie & Clyde" et "Harley Davidson". Mais leur relation, professionelle comme charnelle, restera une aventure éphémère, et
c'est avec un véritable
chef-d'oeuvre pop, "Initials B.B.", que Gainsbourg va -superbement- clôre le chapitre... L'album éponyme qui suit va regrouper toutes les chansons consacrées à Bardot, en plus des petites perles
pop enregistrées l'année précédenteà Londres.
L'intermède aura en tout cas fait de Serge Gainsbourg une des figures les plus en vue du paysage musical français... et des paparrazi, qui commencent dès lors à graviter sérieusement
autour de lui...

Mais c'est 1968 qui va marquer le vrai tournant de sa vie, avec sa rencontre sur un plateau de tournage avec une très mignonne jeune Anglaise, timide et un peu gauche dans ses gestes
et sa pratique de la langue française... Il s'agit de Jane Birkin. Aussitôt le nouveau couple enregistre, tourne, les deux nouveaux amoureux ne se quittent plus... Ils vont devenir LE couple
emblèmatique de la décennie qui s'annonce. Tandis que Gainsbourg chante "L' Anamour", "Sous Le Soleil Exactement" ou "Manon", ensemble (ou plus ou moins) ils intreprètent "Elisa", "69 année
érotique"... 

... et surtout "Je T'Aime Moi Non Plus" (dans une nouvelle version, la précédente, réalisée pour et avec Bardot, étant restée censurée à la demande de celle-ci...). Mais les soupirs et
les hâles de plaisirs du couple qui se retrouvent ainsi gravés sur vinyle ne sont pas du goût de tout le monde. Le scandale qui suit sa publication est inimaginable : le Vatican crie à l'infâmie,
la BBC en interdit la diffusion, partout les esprits bien-pensants s'échauffent... Une véritable levée de boucliers de la part des gens de "bon ton" ! Et bien sûr toute cette publicité fait du
disque un énorme succès, et cela même à l'échelle internationale. Les journaux se font leurs choux gras de l'affaire, et la personnalité de Gainsbourg, ou plutôt le personnage qu'il commence, à leur intention, à créer de toute pièces, devient évidemment le point d'orgue de la focalisation des regards, qu'ils soient amicaux ou
vindicatifs.
Et désormais Gainsbourg ne se privera plus de jouer avec les médias, et c'est par et pour eux qu'il va
peaufiner son image, et cela quasiment jusqu'à la schizophrènie...

SERGE GAINSBOURG, OU LE GENIE DU
DECALAGE...

La sortie en 1971 de l'Histoire de Melody Nelson
marque un tournant sans précédent, dans la carrière de Gainsbourg comme dans l'Histoire même de la chanson française. Car on parle ici d'un concept album,
c'est -à-dire d'un disque étant bien plus qu'une simple collection de chansons sans rapport entre elles. Ici la voix de Gainsbourg devient celle d'un narrateur, et ses vers raconte l'histoire
(d'inspiration très autobiographique) d'une rencontre amoureuse entre un écrivain misanthrope d'âge mûr et une jeune Lolita... Histoire qui tourne à la descente en enfer pour finalement se
terminer tragiquement... Le cynisme de Gainsbourg est toujours aussi présent, allié (mais ne serait-ce finalement pas la même chose ?) à une sorte de romantisme désenchanté. Gainsbourg se "plait"
à peindre d'un noir d'encre les seules petites touches de couleur que ses personnages peuvent connaitre dans leur vie.
Musicalement, c'est tout autant
une réussite (certains diraient, et sans doute pas à tort, un chef-d'oeuvre) : Gainsbourg relève le défi d'allier une formation rock réduite à un grand orchestre classique. Réalisé en deux temps
(d'abord les musiciens philarmoniques et une toute aussi importante chorale, puis, quelques mois après, l'addition du trio rock), l'enregistrement lui-même est une vraie prouesse
technique... Mais le résultat dépasse toutes les espérances. Mené par le ronflement presqu'inquiétant d'une basse omniprésente, et sans cesse ballotée entre observation et exaltation par une
batterie presque free-jazz, le disque se retrouve en équilibre constant entre calme et tempête. Les arrangements du producteur Jean-Claude Vannier s'allient parfaitement au génie de Gainsbourg
pour peindre musicalement toute la gamme des sentiments.
Avec Melody Nelson, le perfectionnisme de Serge, celui des mots comme des
musiques, entre dans une nouvelle ère : en dire le moins possible pour qu'on en comprenne le plus possible. Sa technique vocale évolue également, s'éloignant désormais des habitudes classiques de
la chanson pour développer une technique très personnelle, le talk-over, qui consiste à dire plus qu'à chanter les paroles, ce qui a cette particularité de rendre le propos plus littéraire, mais aussi souvent plus solennel, plus grave. Ce qui peut également créer une
impression d'ironie, d'irrespect, de fatalisme, etc... Gainsbourg va dès lors user et abuser de cette technique, jusqu'à quasiment à en faire sa carte de visite. Il faut dire aussi que cela
convient on ne peut mieux à son ton de voix, de plus abimé par l'abus de tabac, d'alcools et de nuits blanches...
Cette année 1971 est aussi un tournant dans sa vie personnelle, d'abord avec la mort de son père, qui avait toujours été son premier "conseiller artistique", dont l'avis comptait plus
n'importe quel autre, et dont la disparition est vécue comme une gifle... Quelques semaines après, c'est au contraire une bonne nouvelle qui chamboule tout, avec la naissance de Charlotte... Avec
la première fille plus âgée de Jane, Kate, le quotidien de Serge devient désormais celui d'une vie de famille. Du moins de la façon très personnelle dont ils l'entendent...

En 1972, La Décadanse est l'occasion d'une nouvelle polémique. Sur une chanson d'inspiration presque classique, le couple met au point (bien
sûr devant quelques caméras) une danse lascive des plus suggestives, pratiquée à la façon d'un slow, à ceci près que le danseur se place (et se plaque...) derrière sa partenaire.
Pendant toute la décennie, les Gainsbourg vont ainsi multiplier ce genre de petites piques, qui à l'époque, et malgré ce qu'en pensent évidemment les esprits obtus ou
bien-pensants, sont souvent plus coquines que vraiment vulgaires (on est en tout cas encore bien loin de ce que seront les provocations des années 80 !).

Le 15 mai 1973, Serge Gainsbourg est victime d'une crise cardiaque. Ses médecins lui prévoient le pire s'il ne cesse pas au plus vite sa trop grande consommation
de tabac. Mais les avertissements (et la surveillance par son entourage) sont vains... Hasard prophétique ? il travaillait à l'époque de son malaise sur une chanson appelée "Je Suis Venu Te Dire
Que Je M'En Vais"...
... qui va quelques mois plus tard être un nouveau succès (et qui deviendra avec les années un titre emblèmatique de sa carriére). L'album qui l'accompagne, Vu De L'Extérieur, n'obtient par contre pas le même accueil, sans être toutefois un bide. Gainsbourg revient à un chant dans l'ensemble plus traditionnel, et
musicalement, l'heure n'est plus aux expériences. Une poignée de titres se dégage du lot, dont la délicate "Sensuelle Et Sans Suite", "L'Hippopodame", "Panpan Cucul", et la sodomite
chanson-titre...
L'ambiance générale est cette fois beaucoup plus détendue, Gainsbourg laisse libre court à son amour des jeux de mots et à un sens de l'humour assez décalé, ce qui permet de découvrir une nouvelle
facette du personnage.
1975 va être une année de référence pour le provocateur Gainsbourg : un disque et un film vont suffire pour en
faire une des plus fortes têtes du paysage culturel français.
"Voici venir la nuit des longs couteaux..."

C'est d'abord son nouvel album, Rock Around The Bunker, qui va mettre le feu aux poudres. Comme son nom l'indique, il s'agit là d'un album dont
les chansons s'inscrivent dans la plus pure tradition du rock'n'roll : une ossature rythmique très simple et une formation guitare / basse / piano / batterie comme le monde a pu en connaitre par
centaines depuis les années cinquante. Donc, rien de vraiment ambitieux sur le plan musical...
Mais c'est justement grâce à cette légèreté que Gainsbourg peut aborder sans la lourdeur de la solennité le thême (encore tabou à l'époque) de la solution finale (et il peut d'autant plus se le permettre que lui-même a connu le cauchemar quotidien de l'Etoile Jaune...). Ainsi des Juifs insouciants et des
criminels de guerre en fuite, des travelos trop maquillés et des homos nazis, se succèdent-ils au fil des chansons, au hasard des jeux de mots et des onomatopées... Bien sûr, le décalage avec la
gravité du sujet est énorme. Et c'est justement ce décalage, ce ton général qu'est celui du disque, volontiers désinvolte et moqueur, qui va choquer les âmes sensibles. "S.S. In Uruguay",
"Nazi Rock", "Tata Teutonne"... des associations d'anciens combattants et des personnalités politiques vont monter au créneau pour tenter, en vain, d'interdire l'album. Ce qui, une fois de plus,
est plus bénéfique que la meilleure des campagnes de publicités. Ce que Gainsbourg a très bien compris...
Cette même année sort sur les écrans Je T'Aime, Moi Non Plus.
Si on a déjà eu l'occasion de le voir au cinéma dans des seconds rôles, au hasard de productions pas toujours pertinentes (on se souviendra par exemple d'un Gainsbourg en sandales dans
la peau d'un traitre romain...), il s'agit là de sa première expérience en tant que réalisateur. Et si ses deux derniers albums n'ont rien eu d'expérimental, c'est loin d'être le cas pour ce qu'on
va qualifier de film underground.
Jane Birkin y apparait dans un rôle à contre-emploi. Elle qui vient d'accéder à une certaine notoriété en jouant les ingénues (notamment aux côtés de Pierre Richard), est ici une
paumée coiffée à la garçonne qui vient perturber les sentiments d'un couple de camionneurs homos. L'un d'eux est interprèté par Joe Dalessandro, figure décadente de la Factory d'Andy Warhol.
Dans l'ensemble, les critiques sont assez mauvaises, et le public ne suit pas. La faute peut-être à l'avant-gardisme de la réalisation, ou à certaines scènes, jugées à la limite de la
pornographie...
Gainsbourg reviendra au cinéma en 83 avec le poisseux Equateur, dont les longueurs auront raison du public... Peut-être le 7ème art n'était-il pas vraiment
un champ de réussite pour lui...
SERGE GAINSBOURG, OU LA CONSTRUCTION
DU PERSONNAGE...
Gainsbourg devient à partir de cette époque une sorte d'artiste à double visage. Si d'un côté il est capable de ravaler sa fierté de créateur en publiant des
45-tours purement alimentaires comme "L'Ami Caouette" ou "Sea, Sex And Sun", de l'autre côté il s'insurge du peu d'intérêt que voue le grand public à ses oeuvres plus ambitieuses.

Nouveau concept-album contant d'un ton désabusé une histoire d'amour à la conclusion tragique, L'Homme A Tête De Chou,
sorti fin 76, illustre parfaitement ce dilemme. Gainsbourg qui s'est entièrement investi dans cette nouvelle aventure, est profondément déçu de l'accueil glacial que le grand public lui fait,
malgré les bonnes critiques.
Les qualités du disque sont pourtant indéniables. Entièrement enregistré d'une voix blanche, soutenu par un groupe rock (dont le guitariste déploie une inventivité hors du commun),
l'album atteint parfaitement son but, et réussit à faire naître une atmosphère de fin de nuit blanche, entre vapeurs d'alcool et odeurs de tabac froid... La narration de l'histoire est prenante, et
on se retrouve vite entrainé dans ce cauchemar, qu'on accompagne jusqu'au tragique dénouement final. On retiendra en particulier, outre l'ouverture du disque par l'excellente chanson-titre qui
campe l'ambiance dès les premiers accords, "Variations Sur Marilou", toute en assonances et allitérations, et les sublimes (et sinistres) riffs de guitares de "Flash Forward"... On note aussi
avec "Marilou Reggae" la toute première incursion de Gainsbourg en territoire reggae. Une nouvelle influence qui annonce la prochaine étape de son itinéraire...

La fin de la décennie est pour Gainsbourg à l'image de ce qu'elle est pour la musique populaire. Mouvementée et en pleine remise en question... Le punk-rock apporte alors la furie et
le nihilisme nécessaires à dépoussiérer les arts et la société d'une époque qui commençait à s'enliser dans ses certitudes et ses habitudes.
Début 78, les membres du groupe punk français Bijou rendent visite à Serge pour lui demander l'autorisation de reprendre un de ses anciens morceaux, très peu connu, "Les Papillons
Noirs"... Au final, non seulement ils obtiennent son accord, mais ils vont bientôt avoir l'honneur d'enregistrer une chanson qu'il va composer à leur intention, "Betty Jane Rose". En retour, ils
réussissent à le convaincre de remonter quelques minutes avec eux sur scène en tant que guest-star surprise. C'est la première fois en pas moins de quatorze
ans qu'il tient un micro devant un public ! Aussitôt le goût du live est repris... D'autant plus que l'accueil que lui font les jeunes punks de
l'assistance est tout simplement délirant. Car auprès de ce nouveau public, le nom même de Serge Gainsbourg est synonyme de l'insoumission la plus totale. Une image publique que sa nouvelle
aventure musicale va définitivement installer...

Mars 1979... La France découvre avec stupéfaction le nouvel opus de l'homme aux grandes oreilles, Aux Armes Et
Caetera..., qu'il est allé enregistrer en terre rasta, aux célèbres studios Dynamic Sound, qu'ont fréquentés de grands noms comme les Wailers ou les Rolling Stones. En se tournant vers le
reggae, tradition musicale par essence

Et c'est bien sûr par le scandale que vient cette (tardive) reconnaissance... Le morceau-titre, une adaptation très personnelle de la
Marseillaise de Rouget de Lisle, dont le refrain est expédié en un et caetera des plus je-m'en-foutistes, provoque
un des plus retentissants scandales de l'histoire de la chanson française. Les esprits obtus et bien-pensants accusent Gainsbourg des pires maux, de la trahison au bolchévisme ( ! )... Le
journaliste Michel Droit en particulier va se lancer par journaux interposés dans une véritable croisade anti-Gainsbourg, lui reprochant, entre autres, de salir la mémoire et l'hymne des patriotes
morts pour la nation... Là-encore les ventes profitent de la polémique, mais cette fois les choses sont différentes : la jeune génération se reconnait dans l'oeuvre de Gainsbourg. Qui, encouragé,
décide enfin de reprendre les tournées.

Le 4 janvier 1980, le concert prévu à Strasbourg tourne court : des groupes de paras circulent dans l'assemblée, des alertes à la bombe se multiplient, et les musiciens jamaicains
prennent peur et refusent de jouer... Gainsbourg est au comble de la fureur, mais monte finalement sur scène où, devant les hordes de militaires en treilis, il interprète, hors de lui, une
Marseillaise a cappella après avoir donné quelques explications quant à son choix d'avoir adapté en reggae ce qui
n'était au départ qu'un chant révolutionnaire... à l'image de la culture reggae. "Je suis un insoumis" déclare-t-il.
La nouvelle décennie, si elle voit Gainsbourg définitivement installé par le public au panthéon des légendes vivantes, va pourtant très mal
commencer pour lui...
Son roman, Evguénie Sokolov, auquel il a travaillé pendant des années, rencontre une véritable animosité de la part des critiques comme du
grand public, qui rejettent -sans beaucoup d'objectivité- cette étonnante histoire d'artiste pétomane... Bernard Pivot sera un des seuls à défendre les qualités littéraires de ce "conte
parabolique", dont pourtant la recherche linguistique est on ne peut plus poussée. Mais le thème en lui-même est jugé trop "provocant", et les ventes s'en ressentent.
A la fin de l'été, fatiguée de ses excès en toutes sortes, Jane le quitte en emportant les enfants. Sans retour. A cet instant se situe le dernier tournant de sa vie : désormais
Gainsbourg n'attachera plus jamais la même importance aux choses, on le sent volontiers suicidaire, ou en tous cas de plus en plus autodestructeur, et même sa carrière va s'en ressentir. Non pas à
un niveau purement créatif, car jusqu'au bout il prouvera que son talent n'est pas mort en composant d'excellentes chansons (mais surtout pour les autres). Sur le plan purement humain, les choses
sont différentes... Le personnage qu'il se crée, ce Gainsbarre excessif en tout, ivre et cynique, s'il est
médiatique comme personne, n'a plus rien, ou du moins plus grand chose, du créateur sensible des années passées. Et les deux seuls disques qu'il va publier au cours des années 80 vont être à
l'image de cette permanente construction de son personnage : c'est-à-dire qu'il va tout faire (et parfois faire n'importe quoi) pour être dans le coup et
surtout le faire savoir...

Mauvaises Nouvelles Des Etoiles, son second disque jamaicain, sort fin 81. Mais s'il est enregistré avec la même équipe, l'ambiance de
Kingston a changé : les termes de contrats et les relevés d'exploitations ont pris le pas sur la spontanéité de 79. Et cette fois, Gainsbourg s'en retourne en France profondément déçu. Mais l'album
qu'il rapporte, s'il n'a plus l'originalité de son prédécesseur, n'en a pas moins de grandes qualités. Gainsbourg y parle de religion, de guerres fratricides, et bien sûr de dilemnes amoureux, un
de ces thêmes de predilection...
On y trouve entre autres le superbe "Overseas Telegram", véritable chef-d'oeuvre qui ouvre le disque, une ancienne chanson "donnée", qui, revue au goût du jour, brille plus que jamais.
Sortent également du lot "Ecce Homo", acte de naissance de Gainsbarre, double quasi schizophrènique rongé par les alcools et le tabac, et une véritable réflexion théologique, "Juif Et
Dieu"... L'obsession de sa possible mort prochaine commence également à travailler Gainsbourg ("Shush Shush Charlotte").
révolutionnaire, Gainsbourg devient une figure de proue de
l'insoumission, au même titre que les punks, qui dès lors vont voir en lui un père fondateur...
SERGE GAINSBOURG, OU COMMENT JOUER AVEC LES MEDIAS JUSQU'A S'EN
BRULER LES DOIGTS...

Les années 80 vont être une parfaite antithèse de la décennie précédente : vaines et artificielles... L'importance des médias devient exagérée, et nombre
d'artistes sacrifient leur honneur, leur fierté, et souvent leur créativité, dans l'espoir de rester dans les bonnes grâces du grand public. C'est la triste époque du capitalisme triomphant, de la
gauche caviar, du fric roi...
Et Gainsbourg ne va pas échapper à cette attitude générale, bien au contraire... Le désespoir né suite au départ de Jane va s'allier à l'assurance que lui a donné l'énorme succès
de ses derniers albums et de la tournée de 1980, pour entériner l'existence de cette caricature de lui-même. C'est le début d'une lente déconstruction de lui-même, à coups d'alcools forts et de
provocations en direct... Il entraine dans ses nuits blanches de jeunes "débutants" comme Jacques Dutronc, Alain Chamfort, Catherine Deneuve, Alain
Bashung... pour lesquels il écrit tubes sur tubes.
La suprématie d'un systême comme le Top-50 (qui vient de naître) est alors toute puissante, ainsi revient-on à l'époque révolue du 45-tours-roi. Gainsbourg appose alors sa patte à
droite à gauche (et ceci pour des artistes qui ne sont pas toujours des célèbrités)... et sa notoriété grandit toujours plus. On n'aurait peine aujourd'hui à de souvenir de toutes

La rupture avec Jane a laissé Serge complètement désemparé. Il se sent coupable, et a sans doute raison... Mais il entend laisser au passé ses erreurs, et en particulier ses périodes
de polygamie effrénée. Ainsi désormais restera-t-il fidèle à sa nouvelle conquête, dont il a fait la connaissance au hasard d'une de ses virées nocturnes : Bambou, une jolie Eurasienne
(arrière-petite-fille du Général Von Paulus). Qu'il déclare bientôt être la "dernière" femme de sa vie...
Cette même année 1981, il donne une interview fleuve à Libération, "à ne publier qu'après". L'idée de sa mort devient presque une idée fixe, une obsession dont il emplit ses chansons.
Mais Gainsbourg n'est pourtant pas homme à se donner la mort d'un "simple" coup de revolver... La mort lente, c'est-à-dire un "suicide" quotidien à base de tabac et d'alcools, lui "ressemble" plus.
Et c'est ce à quoi la France va assister pendant dix ans, de provocations en provocations, de dérapages en dérapages...

Le 11 mars 84, Gainsbourg choque les ménagères du pays entier en brûlant un billet de 500 francs en direct sur le plateau de 7sur7. S'il est
marquant, le geste n'est pourtant ni prémédité ni gratuit : interrogé sur la politique intérieure, Gainsbourg s'engage dans une violente diatribe contre le gouvernement et l'impôt sur le revenu :
il déclare que les 74% qu'on lui réclame ne vont pas dans les poches des pauvres, mais plutôt dans la recherche nucléaire... Ainsi "concrètise"-t-il ce racket en essayant de brûler 74% d'un
Pascal...

La sortie de Love On The Beat en 1984 est certainement le premier faux-pas artistique.... L'album a été enregistré à New York avec l'équipe du
guitariste Billy Rush, qui traduit sur bandes les envies funky-rock de Gainsbourg, qui veut coller au plus près à son époque : on est alors en pleine période dance-hall, les synthétiseurs et les
boites-à-rythmes dominent désormais le paysage musical, mais trop souvent au détriment de la créativité : Madonna, Chic ou le piêtre "Let's Dance" de Bowie sont les succès du moment.
Malgré quelques intéressantes trâmes mélodiques et deux ou trois bons riffs de guitare, l'ensemble est à mille lieues des créations passées. Et pourtant tout n'est pas non plus à
jeter... Gainsbourg explore la culture du milieu gay (côté chic) et celle des nuits parisiennes (côté désespoir). Les inventions textuelles n'arrivent bien sûr pas à la cheville de Melody Nelson, mais elles réussissent au moins à s'inscrire dans la mode du moment.
La mélodie du morceau-titre, bien que plombée par les arrangements et les choeurs eighties (comme d'ailleurs tout l'album), atteint néammoins son but en développant une très décadente
atmosphère de club enfumé. Les paroles, plus que salaces, sont souvent à la limite, et sans doute aujourd'hui ne passeraient-elle pas le cap de la censure.
Idem pour "No Comment", "Lemon Incest", "Kiss Me Hardy"... C'est surtout "Sorry Angel", complainte glacée de désespérance suicidaire, qui se démarque, et "Harley David Son Of A Bitch", petit
rock synthétique presque punk, qui, lui, sort du lot grâce à son humour décalé. Et "I'm The Boy" aurait certainement pû devenir un bon morceau, mais là-encore les arrangements sont trop
synthétiques pour que l'ensemble puisse convaincre.
Mais malgré ses (énormes) défauts, Love On The Beat va recevoir toute une série de récompences, sans doute moins pour sa valeur artistique que
pour rattraper le temps perdu (à ne pas avoir su reconnaitre en temps voulu le talent de Gainsbourg...).

L'année suivante voit carrément la mise sur pieds d'une nouvelle série de concerts, dont la plupart sont destinés à fournir la matière d'un disque live à venir. Malgré un état de santé sans cesse déclinant et une période de déprime des plus noires qui commence à durer, Gainsbourg va pourtant aller jusqu'au bout de
son projet, et au printemps 85, lui et ses nouveaux musiciens prennent d'assaut la scène du Zénith de Paris. Le concert bien sûr ne sera à aucun moment à la hauteur de l'intelligence raffinée de
ses textes plus "classiques", mais par contre l'ambiance générale se prètera on ne peut mieux aux morceaux rock-dance-funk-synthétiques de son dernier album. Mais si une partie de son public
s'interroge désormais sur sa crédibilité artistique, Gainsbourg s'en découvre une autre, beaucoup plus jeune, qui n'a pas connu la "Javanaise" ou la "Chanson De Prévert", mais qui reprend en choeur
les refrains de "No Comment" ou de "Sea,Sex And Sun"... Les époques ont changé, et Serge Gainsbourg entend bien changer avec elles. Mais ce n'est pas si facile, et ces années 80 vont être celles
des paradoxes, des contradictions. Et des paris perdus...
Ainsi son nouveau projet cinématographique, Charlotte For Ever, dans lequel on croise sa fille Charlotte, ne rencontre-t-il pas le succès
escompté à sa sortie en 1986 : le public et la critique ne se retrouvent pas dans ce film lent à l'atmosphère on ne peut plus glauque.
les chansons offertes à l'époque. Des "Petits Boudins" à "Manureva", en
passant par "Les Roses Fânées", "Play Blessures", "Fuir Le Bonheur De Peur Qu'il Ne Se Sauve" ou "Dieu Est Un Fumeur De Havanes"... Sans parler des albums entiers écrits pour Jane Birkin depuis le
début des années 70... La liste est longue, et impressionnante par sa diversité, autant au niveau du "choix" de ses interprètes que de la qualité (en général) de ces "dons"...
Le scénario va être sensiblement identique pour You're Under Arrest, qui sort en 87.
Là-encore, le disque rebute les fans et les critiques les plus pointus (et sans doute pas à tort...). De cet album (qui restera le dernier), peu de (bonnes) choses sont vraiment à
retenir : la reprise du "Légionnaire" immortalisé par Piaf ? Les délires rap-house-funk de "You're Under Arrest" ou de "Suck Baby Suck" ? Le fossé entre le créateur de Melody Nelson et ce presque sexuagénaire trop bourré pour être encore honnête est plus large que jamais... Et beaucoup de ses anciens admirateurs se demandent bien ce
qui a pu ainsi métamorphoser leur (ancienne) idole... Abus quotidiens d'alcools forts ? Surmédiatisation pas toujours légitime ? Regrets et remords ? Ou tout simplement un bon mélange de tout cela,
ce qui serait une sorte de lent suicide...
Une tournée est là-encore mise en place pour l'année qui suit : et de nouveau, ce sont trois (voire quatre) générations d'amoureux du bonhomme qui se pressent à ses concerts. Peut-être
Gainsbourg rentre-t-il alors dans une logique moins artistique que purement financière... Car il faut bien payer le loyer de son véritable musée de la rue
Verneuil. Et assurer les frais d'avocats quand certaines de ses pitreries éthiliques vont trop loin... Et c'est souvent le cas. Comme par exemple, quand notre homme, raide comme un réverbère,
déclare à Whitney Houston, en direct sur le plateau de Michel Drucker, qu'il veut tout simplement se la sauter... L'incident scandalisera la prude Amérique... De son côté, la France s'est habituée
depuis des années à aimer ou à ne pas supporter le personnage si gênant qu'est devenu Gainsbarre. Et vers le milieu des années 80, il figure en très bonne place dans le classement des personnalités
les plus aimées.

Mais trop de vedettariat tue la vedette, et on assiste dans le courant de 1987 à un curieux revirement de cet amour populaire. Il faut dire qu'alors Gainsbourg est partout, ou
presque... Il hânte les plateaux de télévision et de cinéma, on le voit dans de plus en plus de pubs (dont il réalise même certaines), et ses chansons, qu'ils soient anciennes ou plus
récentes, sont autant programmées sur les ondes que celles qu'il compose pour les autres... C'est alors comme un ras-le-bol général, une overdose de
Gainsbourg, qui, à force de se présenter au public sous toutes les formes et étiquettes possibles (et pas seulement en tant que chanteur) en est train de le lasser... Et c'est finalement un drame
qui va lui rendre tout cet amour...
En janvier 89, Gainsbourg subit une opération des plus lourdes : on procède sur son corps (de plus en plus fatigué) à l'ablation des deux tiers de son foie. La cause en est evidemment
sa trop forte consommation d'alcools forts. Et les 80 Gitanes qu'il fume par jour n'arrangent rien... Beaucoup "enterrent" déjà Gainsbourg, on prépare les
oraisons funêbres et les premiers hômmages. Mais le slave aux grandes oreilles sort debout de l'hôpital, il est vrai plus fragile que jamais, mais vivant...
Bien sûr, personne ne peut nier l'évidence : il est à bout de forces, usé, fatigué, exténué. L'expression même de son visage a changé. On y lit désormais la certitude d'une mort prochaine, ses
traits tirés, ses cernes noirs, son teint maintenant maladif, tout en lui ne laisse plus aucun doute quant à son état.
Gainsbourg n'a alors que 61 ans...

Les derniers mois de sa vie vont être l'occasion de découvrir une autre facette de Gainsbourg, loin des dérapages un peu beauf' des années 80, des provocations et des phrases-choc.
C'est désormais un vieil homme, usé par la vie et las de son propre personnage qui se dévoile au travers des rares interviews qu'il consent à donner. Il se dit fatigué de lui-même et de l'époque
qu'il découvre, il n'arrive pas vraiment à trouver sa place dans ces années 90 qui commencent. Le statut un peu solennel qui est désormais le sien, celui d'icône, lui fait plus peur que véritablement plaisir. Il vit assez mal la sortie d'un énorme coffret CD retraçant son oeuvre, De
Gainsbourg A Gainsbarre, il en parle comme d'un "sarcophage"... Et dès lors, il n'est plus le seul à sentir sa fin proche... Car la France entière peut constater la progression de plus en
plus rapide de son déclin physique. Le peu d'émissons auxquelles il participe montrent l'inexorabilité de ce qui l'attend...
Ses derniers travaux se limitent à des collaborations : Vanessa Paradis, Jane Birkin, Joelle Ursull... Il ne compose plus que pour les autres, et avec un certain succès. Pour Jane, il
écrit un dernier album magistral, Amour Des Feintes... 1990 voit également une ultime expérience au cinéma, avec le
très contesté (car trop sinistre) Stan The Flasher.
Sa santé ne cesse de décliner, et bientôt, il doit s'appuyer sur une canne... Sa peau se ride de plus en plus, son regard se fait plus dur, son corps qui se voûte semble se
tasser...
La fin survient le samedi 2 mars 1991, à son domicile parisien. Une crise cardiaque "sans souffrance"... Serge Gainsbourg aurait fêté un mois après son 63ème anniversaire. Ses obsèques
au cimetière Montparnasse vont être l'occasion d'un vrai défilé de vedettes de la chanson, du cinéma, de la littérature, on ne compte plus les amis ou les admirateurs, connus ou anonymes, qui
compose la foule en larmes... La France rend alors un vibrant hommage à celui qui l'aura souvent fait fredonner ou danser, mais qui souvent l'aura aussi provoqué, choqué, énervé... Mais chacun
reconnaitra sans peine le(s) talent(s) de cet artiste unique dans l'Histoire...


Par Ben
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