Mercredi 25 juillet 2007 3 25 /07 /Juil /2007 18:53
OMERTA !


                              ROMANZO CRIMINALE
                                     LES ANNEES DE PLOMB


    Ils étaient le Libanais, Fredo le Froid, le Dandy, le Buffle, le Rat, Satan... C'est ainsi que l'Histoire se souvient d'eux. Des surnoms de série B pour des personnages forts en gueule et généreux du calibre... Pour un peu, on se croirait au cinéma... Et pourtant...

   Et pourtant ce roman criminel dont l'adaptation triomphe cette année au cinéma est tout sauf un sempiternel film de gangsters à la sauce hollywoodienne. Car c'est sur la réalité que le juge  Giancarlo De Cataldo a basé son roman, et c'est de ce roman que le film est adapté. Toute ressemblance avec des personnages et/ou des évènements ayant réellement existé est donc loin d'être fortuite.

   Il s'agit des fameuses années de plomb que la péninsule italienne a connu de 1977 à 1992. Une longue période qui comme son nom l'indique connut une vie politique et sociale littéralement plombée par la domination du crime organisé. Une époque presque caricaturale tant étaient monnaie courante les trafics et les contrats à la mode "Parrain". Une ambiance rythmée par les règlements de compte au plomb...
   Le sang comme seule encre alors utilisée par le Diable pour signer les doléances d'une interminable Omerta...



   Vers le milieu des années 70, Rome est la seule juridiction italienne qu'aucune organisation ne tient vraiment. Et même la tristement célèbre Cosa Nostra sicilienne n'arrive pas à y étendre ses tentacules. C'est donc une sorte de no man's land livré aux opportunistes les mieux organisés. Et c'est justement ce "vide politico-criminel" dont va profiter une toute nouvelle bande de petits voyous natifs des sales quartiers de la ville...



   L'enlèvement fin 77 du baron Rosselini, et surtout l'immense rançon (versée pour rien puisqu'on ne retrouvera jamais le corps), vont très vite construire la réputation de ce qu'on commence à  appeler la bande de la Magliana (du nom du quartier romain dont est originaire la plupart de ses membres). A coup d'opérations téméraires et d'alliances souvent imposées (et vite rompues), la bande ne tarde pas à mettre main basse sur le marché de l'héroine, et en quelques mois, les autorités elles-mêmes doivent bien reconnaitre l'importance de cette nouvelle hydre de la criminalité italienne. Une importance si vite acquise que même les éminences grises du gouvernement vont finir par s'interroger. Mais de la façon qu'on pourrait penser...

   Car c'est pour passer des commandes, en échange de protection, que certains agents secrets auraient fréquenté la bande de la Magliana. On leur aurait demandé, entre autres, de localiser le lieu de détention d'Aldo Moro, président de la ligue Chrétien-Démocrate enlevé par les Brigades Rouges, dont on retrouvera le cadavre courant 78. Bien sûr, aucune preuve ne sera jamais apportée pour étayer ce genre de thêse. Pas plus qu'on ne réussira à prouver leur implication, pourtant bien peu probable, dans le terrible attentat de la gare de Bologne en août 80. Des années après, beaucoup pensent encore que ce sanglant acte de terrorisme n'avait absolument rien à voir avec les Brigades Rouges ou la Magliana, qui n'auraient été que des boucs émissaires qu'on n'aurait évoqués que pour mieux cacher le rôle du gouvernement... 



   Les forces de l'Ordre vont toutefois bientôt réussir à arrêter la bande, et presque au grand complet. Mais là-encore le jeu des alliances politiques va "profiter" au gangsters, qui vont tous très vite recouvrer la liberté. Mais le vent va bientôt tourner...

   Le 15 septembre 1980, le chef auto-proclamé de la Magliana, le Libanais, est assassiné en pleine rue à Rome, ce qui va marquer le début d'une interminable série de luttes intérieures... Le pouvoir démange les mains de beaucoup, ce qui bien sûr n'est jamais dans l'intérêt du bon fonctionnement d'une organisation (criminelle ou non).
   Les affaires de la bande vont toutefois traverser une bonne partie des années 80 sans s'effondrer, bien au contraire. La Mafia elle-même se tiendra le plus souvent à l'écart de ses trafics et de ses contrats.

   Romanzo Criminale est une fresque du XX e siècle : violence, drogues, prison, sida, magouilles politiques et terrorisme... L'itinéraire de la Magliana est symptomatique du mal-être de cette fin de siècle. Ces petits voyous aux agissements d'abord modestes puis vite d'importance internationale ont dénoncé sans le vouloir, par leur choix de vie, les failles et les malaises des sociétés occidentales... et ses tentations.

   "Bien sûr", c'est presque toujours la prison, la fuite et/ou la mort (souvent violente), qu'on trouve au bout du chemin. Et c'est une loi qu'aucun de ces révoltés n'a jamais ignorée. Mais la perspective d'une existence facile bien que dangereuse, et aussi l'excitation qui y est liée, sont plus fortes que le désir d'une vie sécuritaire et stérile...
   C'est ainsi que pensaient Bonnot, Mesrine, Baader... Et ainsi qu'ils ont suivi leur route, avec la réussite qu'on sait. Et l'inévitable issue fatale...
   Mais c'est le prix à payer pour rentrer dans la légende.


Par Ben
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