Mercredi 25 juillet 2007
3
25
/07
/Juil
/2007
18:41
A propos d'un certain Edward Teach,dit Barbe Noire,
ou pourquoi il vaut mieux mourir que se soumettre.



Edward Teach est un enfant du sous-prolétariat (évidemment pauvre) de l'Empire Britannique de la seconde
moitié du XVIIe siècle. Une époque riche en bouleversements géopolitiques, du fait bien sûr des incessantes guerres que les grandes puissances européennes se livrent, sur leurs propres territoires
bien sûr, mais aussi de plus en plus loin, en particulier vers les terres peu connues et incroyablement riches du Nouveau-Monde. Ce sont ainsi des milliers de soldats, de marins et de corsaires au
service de leurs nations qui s'embarquent pour une vie dure mais pleine de rêves de richesses...
Mais ces rêves dorés tournent court quand ils découvrent la réalité d'une telle existence et l'arrogance égoiste de leurs gouvernements, qui n'hésitent pas à les traiter au
même niveau que
les esclaves (dont on leur demande d'ailleurs de faire le traffic), pour finalement les congédier comme des malpropres dès que le besoin en hommes se fait moins sentir...
Edward Teach est de ces hommes qui se sentent trahis par leur Reine qui ne se soucie plus d'eux, eux qui pourtant ont combattu en son nom pendant des années et dans des
conditions souvent misérables. La voie du banditisme et de la piraterie devient alors LA seule perspective (outre celles, moins prometteuses pour les
esprits aventureux, que sont la mendicité ou le travail des champs...). Car en plus du fantasme d'une vie que beaucoup imaginent facile, faite de femmes et de débauche, c'est aussi, et
peut-être même surtout, une attitude, sorte de loi du Talion qu'on a un vif plaisir à pratiquer contre ses anciens supérieurs ! Cela deviendra d'ailleurs
une tradition pirate de marquer cette volonté de vengeance en ajoutant le mot Revenge aux noms des navires qu'on
rebaptise...

Après treize années passées à combattre les Espagnols en tant que corsaire pour le compte de la Reine Anne, Teach rejoint donc la piraterie, écoeuré comme tant
d'autres de s'être fait mettre au ban d'une société pour laquelle pourtant il a de nombreuses fois risqué sa vie. Et très vite, lui et
beaucoup de ses anciens frères d'armes vont faire parler d'eux...
Car les Caraibes du début du XVIIIe
siècle sont un véritable paradis du brigandage. Les vaisseaux négriers et les galions chargés des richesses volées aux peuplades d' Amérique Latine (même si ces derniers se font de plus en plus
rares) sont des proies de rêve, mais la plupart des équipages pirates hésitent à attaquer de tels navires, qui évidemment sont très lourdement armés. Mais ce n'est pas le cas de Teach... Qui comme
certains flibustiers a souvent recours à des stratagèmes (tels de faux drapeaux ou de faux appels de détresse...) pour approcher les cibles les plus tentantes. Mais c'est surtout sur l'intimidation
qu'il base toute sa tactique. Et surtout sur l' image de lui-même qu'il se façonne au fil de ses prises, celle d'un véritable démon tout droit sorti
des Enfers : il apparait à ses victimes dans un nuage de fumée (produit par des mêches à canon enflammées disposées dans ses cheveux longs), les tresses de sa longue barbe se balançant au vent, une
bonne demi-douzaine de pistolets et presque autant de sabres coincés dans ses ceintures, tout cet acier reflètant le soleil des Caraibes parmi des lambeaux de vêtements déchirés et encore tâchés du
sang versé lors des précédents abordages...
La légende de Barbe Noire prend vite forme, et, fait rarissime pour un tel personnage, elle naît de son vivant. Et très
vite, Teach obtient ce qu'il cherchait : la reddition pure et simple des navires qu'il attaque, et ceci sans souvent plus d'un coup de semonce.
Les prises sont fêtées comme il se doit à la taverne ou à même le sable des plages, sous un flot de rhum et en bonne compagnie... (Teach se sera
d'ailleurs officiellement marié pas moins de treize fois !) Ses hommes ont une confiance absolue en leur capitaine, grâce auquel ils vont bientôt rentrer
dans l'Histoire. Mais le côté sombre de Teach existe tout autant. Il lui arrive souvent de mettre son équipage à l'épreuve, et les "jeux" qu'ils leur imposent brillent quelquefois par leur cruauté.
Certaines nuits d'ennui, il lui arrive même de tirer au hasard sur ses matelots endormis pour constater les dégats d'une balle sur un corps... Il devient en tout cas, et très vite, un personnage, et pour beaucoup de pirates ou de brigands, une référence...

Mais cette légende se développe bien sûr aussi vite que la haine des gouvernements anglais et français à l'égard de cette équipée sauvage qui déstabilise le marché maritime
plus que n'importe quel autre équipage pirate. Le gouverneur de Virginie en particulier se lance dans une véritable croisade contre la piraterie, et Teach devient évidemment sa bête noire, de par
son arrogance... et surtout ses réussites ! C'est à un jeune officier nouveau venu dans les colonies britanniques, le commandant Maynard, qu'est alors attribuée la délicate mission de capturer
et/ou de tuer celui qu'on appelle désormais Barbe Noire. Mais les choses vont se compliquer pour ces défenseurs de l'ordre et de la vertu...

Incapable de trouver une réelle solution à la piraterie, la couronne d' Angleterre décide alors de
tenter une voie diplomatique. Ainsi est-il proclamé que tout pirate se verra pardonné de ses
méfaits s'il accepte de se rendre de lui-même. Nombre des frères de la côte abandonnent dès lors leurs activités pour devenir de simples paysans... ou le
plus souvent de misérables mendiants. Ce n'est bien sûr pas le cas de la plupart des grands capitaines de l'époque. Mais Edward Teach a une idée en tête pour se permettre de continuer sa vie de
forban... et il accepte la grâce royale. Devenu officiellement respectable, il n'en arrête pas pour autant ses abordages, et
en échange de l'immunité, il consent à livrer une part de ses butins au gouvernement de Caroline
du Sud avec lequel il a mis au point l'arrangement. Un stratagème osé, certes, mais qui va fonctionner un certain temps...
Mais cette "immunité royale" n'est pas suffisante pour le gouvernement de Virginie, et tous les moyens quels qu'ils soient sont mis
en oeuvre pour tenter de localiser le lieu d'ancrage du vaisseau de Teach. Et tandis que celui-ci alterne réceptions officielles et "sorties en mer" plus que prolifiques, le filet se resserre.
Rapidemment...
Sentant sans doute la fin venir, Teach encourage ses hommes à le quitter pour s'éviter un sort funeste, mais presque tous décident de le suivre jusqu'au bout. Pour sauver la vie de son
second et ami Israel Hands, il n'hésite pas à lui tirer une balle dans le genou alors qu'ils sont attablés dans une taverne autour d'un verre de rhum. Si ce geste peut paraitre insane ou
disproportionné, il est toutefois celui auquel Hands devra finalement la vie...

A l'aube du 22 novembre 1718, une poignée de sloops de la marine anglaise (renseignée par un des matelots de Teach qui, capturé et torturé, a fini par livrer le secret dans
l'espoir de sauver sa peau) repère enfin son vaisseau principal dans la baie d'Okrakoke. L' équipage, ivre mort au lendemain d'une énième nuit de beuverie, ne sera pas à la hauteur de sa réputation
ce matin-là, et peut-être le commandant Maynard comptait-il plus sur ce genre d'"incapacité"au combat que sur les qualités militaires de ses propres troupes... Mais Edward Teach / Barbe Noire va
par contre surpasser sa propre légende...
Alors que les officiers anglais s'attendent à une tentative de fuite de sa part, Teach, dont les effectifs sont pourtant très largement inférieurs, donne l'ordre d'attaquer !

La bataille qui s'ensuit est depuis rentrée dans la légende... Tandis que ses hommes, malgré leur courage et leur talent, se font littéralement massacrer (non sans causer
toutefois de nombreuses pertes à leurs assaillants malgré la gueule de bois générale !), Teach se bat comme un véritable fauve, tuant ou blessant un nombre incroyable d'adversaires. Le combat ne
durera qu'à peine quelques minutes, mais qui seront suffisantes à noyer le pont d'un flot de sang...
Ayant triomphé de tous les obstacles qui le séparaient du commandant Maynard, Teach se retrouve vite face à celui-ci, et un âpre combat s'engage alors entre les deux
hommes... Tel
un affrontement symbolique entre deux conceptions de l'époque...( ! )
Malgré de nombreuses blessures (qui en auraient mis plus d'un à terre), Teach va remporter ce duel, bien que Maynard lui ait tiré dessus quasiment à bout portant, mais
alors que, au comble de la fureur et inondé de son propre sang, il s'apprête à mettre à mort son adversaire, deux matelots anglais s'empressent de -lâchement- lui porter une série de coups dans le
dos... Mais même avec la nuque mortellement blessée, inondé des flots de son propre sang, il continuera à se battre jusqu'à l'épuisement total...

Cest donc la lâcheté la plus vile qui aura finalement réussi à mettre fin à la carrière d'un des plus illustres pirates de
l'Histoire. L'Histoire qui aura toutefois retenu le fait qu'il aura fallu pas moins de vingt blessures par armes blanches et cinq par armes à feu pour réussir à mettre à mort Edward Teach !
Selon les dires de certains des matelôts qui ont assisté à la scène, le corps de Teach, une fois qu'on en eut tranché la tête (pour faire de celle-ci un trophée accroché à
la proue) fit deux fois le tour du navire à la nage avant de couler enfin rejoindre Davey Jones dans les abysses...
A coup sûr une légende... Mais qui doit bien être le seul élément exagéré de toute l'histoire de la vie d'Edward Teach, bien
que celle-ci puisse paraitre improbable à certains tant elle fut une vie
d'exception...

Mais finalement, qu'est-ce que notre époque aurait à retenir d'un tel itinéraire ? Sans doute beaucoup de choses évidemment... Mais
surtout et avant tout un conseil, une devise, un avertissement, appelez-ça comme vous voulez, en tout cas quelque chose de bien plus important que le reste : entre se soumettre à un ordre établi
par des conventions bien-pensantes, ou tout simplement décider, même souvent au péril de sa vie, d'aller jusqu'au bout de soi-même et de ses ambitions, le
choix, et cela pas seulement pour des pirates fidèles à leur Code mais pour toute autre personne honnête et intègre, est simple...
Simple et complice comme le reflet de la Faucheuse grimaçante sur l'acier sanglant d'un sabre d'abordage...

In loving memory... Edward Teach (1680-1718)
par Sir Bloody Ben Astruc, Lord of Piracy (1677-1706)...
mais grâce surtout au savoir technique de Milady Céline Dupart-Astruc,
sans qui pas grand-chose n'aurait possible...


En prime, et en attendant un article à venir sur la piraterie en général, voici quelques instantanés
de l'âge d'or flibustier qui j'espère raviront ceux et celles qui auront pris plaisir à découvrir le destin du capitaine Edward Teach, dit Barbe Noire...


publié par Sir Ben Astruc, Lord of Piracy (1677-17°°06) dans: Petits Chapitres
Par Ben
0